Construction de la digue de La Belle Henriette
Lors de notre assemblée générale des résidents secondaires ont demandé des informations sur cet ouvrage; il nous a semblé utile d’apporter quelques éléments sur le chantier. Cet article sera enrichi au fur et à mesure des travaux.
Le chantier des digues de la Tranche sur mer; La Belle Henriette, les Rouillères.
Suite à la tempête Xynthia (février 2010), il été constaté que la digue historique construite au début des années 1970 ne s’avérait plus efficace contre les submersions. Mais il a fallu près d’une quinzaine d’années d’études, d’enquêtes publiques et de procédures avant les débuts du chantier.
Les travaux ont été programmés sur deux campagnes, du 1er septembre au 30 mars 2025/26 et 2026/27.
Les opérations préparatoires, comprenant l'installation des bases de vie, l'acheminement des matériaux, la mise en place des engins et le défrichage, se sont déroulées dans de bonnes conditions.
En revanche, les contraintes environnementales et administratives, ainsi que des conditions météorologiques particulièrement défavorables, ont entraîné plusieurs retards et parfois l'interruption temporaire du chantier.
Un pompage permanent a été nécessaire au printemps ainsi que l'évacuation d'argiles dont le taux d'humidité ne permettait pas un compactage satisfaisant.
À ce jour, la nouvelle digue (lot1, longueur :1200 m) qui doit protéger les quartiers des Bouchots et de la Porte des Iles ainsi que les campings de l’Escale du Perthuis et des Rouillères est réalisée à environ 50 %. En février mars 2026 l'ouvrage sera rehaussé de deux mètres supplémentaires. Sa largeur atteindra environ 25 mètres à la base et sa crête, d'une largeur de quatre mètres, sera végétalisée. Pour des raisons de sécurité, la circulation des piétons et des cyclistes y sera interdite
L’ancienne digue en béton protégeant la route reliant la Tranche/ la Faute (site de la Belle Henriette) après déconstruction complète, est en voie de reconstruction (lot2) sur une longueur de 650 mètres et sera également en argile compactée végétalisée. Le chantier reprendra à l’automne 2026.
Visite du chantier de la digue de La Belle Henriette. Jeudi 28 août 2026.
Afin d’informer les riverains du chantier de la digue de La Belle Henriette, le Syndicat Mixte du Bassin du Lay (SMBL) leur a proposé une visite commentée à partir du parking de la rue des Bouchots le jeudi 28 août 2026 à 14h00. La visite était animée par Julie LOWENBRUCK (animatrice PAPI, SMBL).
NOTE : le SMBL est la structure porteuse de la Commission Locale de l’Eau (CLE) chargée de mettre en œuvre le Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SAGE) du Lay.
Le syndicat intervient sur le grand cycle de l’eau (amélioration des milieux aquatiques, des zones humides ; protection contre les inondations ou les submersions marines), a la compétence GEMAPI sur huit communautés de communes et est gestionnaire de 60 km de digues classées sur la basse vallée du Lay : entretien, surveillance, confortement des ouvrages.
Le syndicat est aussi coordinateur des différents maîtres d’ouvrages du Programme d’Actions et de Prévention des Inondations du Lay aval (PAPI) en cohérence avec les autres porteurs de PAPI du pourtour de la baie de l’Aiguillon : PAPI Vendée, Sèvre, Autize et PAPI Nord Aunis.
La GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations) est depuis 2018 une compétence obligatoire des intercommunalités. Pour exercer cette politique globale, les intercommunalités ont la possibilité de lever une taxe fiscale spécifique appelée taxe GEMAPI. C'est un complément additionnel aux taxes locales existantes (comme la taxe foncière ou la cotisation foncière des entreprises) plafonné par la loi pour financer les travaux de prévention et de protection.
Historiquement GEMAPI est une réponse à la catastrophe de la tempête Xynthia (coordination locale des actions) dans le cadre de lois de décentralisation.
Les premières études menées par la Commune pour la digue ont commencé en 2013-2014. En 2018 (GEMAPI), le SMBL a hérité du dossier et instruit les procédures d’autorisations (très longues : 11 mois d’instruction, complexes et parfois génératrices de conflits).
La digue est implantée sur le domaine public maritime et voisine la Réserve Naturelle Nationale ; la réglementation environnementale concernant le périmètre est abondante et complexe.
Il faut rappeler que le projet initial envisageait d’amputer les campings et de raser des maisons, la doctrine de l’État étant que la protection de biens privés doit être construite sur des terrains privés.
Les autorisations ont été obtenues en 2023, mais le chantier n’a démarré qu’en septembre 2025 (retard en partie dû au déplacement d’une ligne enterrée de distribution d’électricité).
Pour l’anecdote, une mandibule humaine ayant été trouvée sur la plage, le site pouvait être concerné par des fouilles archéologiques préventives. De nouveaux sondages n’ont pas conduit à l’arrêt des travaux mais ont mis en évidence la présence d’une nappe phréatique gênante qu’il a fallu rabattre par pompage.
La cote prévue du sommet de la digue est à 5,70 m NGF (Nivellement Général de la France), correspondant à une hauteur de la mer Xynthia + 20cm. La digue a un profil trapézoïdal ; la largeur au sommet est de 4 m et l’emprise au sol varie entre 25 et 30 m
L’extrémité de la digue au bout de la rue des Bouchots est derrière la dune qui est ici en accrétion et protège pour l’instant de la submersion marine mais l’ouvrage est construit comme s’il faisait face à la mer.
La digue est en argile damée ; le flan côté mer est conforté par un film géotextile couvert par un enrochement de blocs de tailles variées,( carrière de St Vincent sur Graon) ce qui permet une une meilleure stabilité de la digue. Cet enrochement est destiné à dissiper la vague qui viendrait frapper la digue au cas où la dune actuelle subirait une érosion comme en hiver 2013/2014. Entre les blocs rocheux et la terre, un géotextile évite que les matériaux de la digue soient emportés par la mer, l’enrochement n’étant pas étanche.
Côté terre, pour protéger la structure, un cavalier drainant (des cailloux) doit permettre d’évacuer les eaux pluviales par écoulement ou infiltration et de protéger ainsi les maisons et les campings.
L‘argile utilisée a trois origines : un stock provient des travaux de la station d’épuration de la Tranche, un d’un chantier Bulteau et le dernier de carrières.
Comme elle était trop humide en raison d’une pluviosité importante, la mélanger à du sable (60% sable, 40% argile) a été autorisé après des tests effectués pour vérifier sa conformité.
Seule l’argile extraite des bassins de la station d’épuration est pure.
Le sable déplacé sur le chantier étant abondant, l’excédent sera accumulé devant l’enrochement afin de ne pas avoir à l’évacuer
Du sable de surface (10 à 20cm d’épaisseur), porteur de graines, a été stocké au démarrage du chantier pour reconstituer en sommet de digue une une végétation de dune grise, habitat protégé au niveau européen, car en voie de disparition . L’entretien annuel consistera en un ou deux broyages de la végétation.
Une voie de service de 4 m de large longe l’ouvrage, prévue pour servir d’accès aux pompiers, pourra être empruntée par les campeurs de l’Escale du Pertuis, mais le franchissement de la digue à pied sera bien sûr interdit (clôtures), comme la circulation sur son sommet. L’accès à la plage des Bouchots verra sa largeur réduite à 1 m., afin qu’aucun engin ne puisse passer.
Camping Cap fun : le point haut est situé au milieu du terrain ; la digue aurait pu y aboutir ce qui aurait affecté fortement l’entreprise ; une autre solution a été imaginée avec le propriétaire.
Une barrière de bâche blanche haute d’une cinquantaine de cm cerne le chantier : il s’agit d’un barrage anti-amphibiens : des pélobates cultripèdes, des calamites ponctués et d’autres crapauds se reproduisent sur le site. Cette barrière n’a pas joué le rôle attendu devant l’obstination des animaux qui étaient en fait plus nombreux ( un millier) qu’imaginés dans les campings ou les jardins des riverains. Les agents de la réserve naturelle ont dû faire des collectes nocturnes pour sauver ces crapauds.
Reprise du chantier : lundi 31/08 installation ; mardi 01/09 redémarrage. A partir du 08/09 le chantier adopte l’horaire 7h00 à 20h00 du lundi au samedi pour profiter au mieux des beaux jours et avancer le chantier pour espérer terminer, si la météo le permet, fin mars 2027 pour les gros travaux avec un prolongement fin avril pour les travaux non bruyants (remise en état des routes etc.)
Des capteurs de vibrations seront remis en place chez des riverains. Durant la première phase les nuisances du chantier ont été acceptables.
Devenir des bases de vie et aires de stockage : le terrain communal sera rendu dans son état initial ; le terrain appartenant au Conservatoire du Littoral sera renaturé et une mare sera créée, mais toute végétalisation (arbres, buissons) est interdite près d’une digue.
Le Syndicat Mixte du Bassin du Lay, propriétaire de la digue (seul le terrain appartient à l’Etat) a l’obligation de rendre à la Réserve naturelle un terrain compensatoire avant la fin du chantier.
Afin de minimiser l’impact des travaux sur l’environnement, un bureau d’études est chargé de vérifier si les mesures environnementales sont respectées.
Rappel; le montant total des travaux de renforcement et de restauration de la digue de La Belle Henriette s'élève à environ 7 462 398 €, répartis entre plusieurs partenaires institutionnels.
Répartition du financement
État : 2 980 959 €
Syndicat mixte du bassin du Lay (SMBL) : 1 843 392 €
Département (Vendée) : 1 117 859 €
Région (Pays de la Loire) : 764 947 €
Fonds Vert : 745 239 €
Chantier de la digue de La Belle Henriette. Deuxième saison.
Le chantier devait recommencer début septembre, mais le mardi 1er un imprévu a bloqué la reprise. Au matin les ouvriers ont découvert plusieurs centaines de crapauds qui s’ébattaient dans les mares. Ces crapauds calamites (Epidalea calamita) réfugiés sous les ombrages du camping avaient profité de la faible pluie nocturne pour envahir le chantier. Mettre en marche les énormes engins de chantier s’est donc révélé impensable car cette espèce est protégée depuis 2021 et c’eût été un massacre, non pas à la tronçonneuse, mais au bulldozer ou à la pelleteuse…
Une réunion a donc été planifiée en urgence le lendemain matin avec la DDTM et le conservateur de la réserve afin d’étudier la solution épargnant les amphibiens et permettant la circulation des engins.
Voici le moyen mis en œuvre : un géotextile a été placé parallèlement aux deux campings et une quarantaine de seaux ont été enterrés le long de cette barrière côté digue. Les amphibiens qui avaient envahi le chantier, suivent cette barrière, tombent dans les seaux le matin, sont remis côté camping par des agents de la DDTM ou des ouvriers de l’entreprise de terrassement.
Les travaux d’enrochement ont continué devant les campings, ainsi que le rehaussement de la digue par des dépôts d’argile...Le chantier est actif même le samedi.
Le travail d'enrochement, contrairement à ce qu'on pourrait penser, nécessite une grande précision: il ne suffit pas de lâcher les blocs mais l'opérateur doit sélectionner le rocher le mieux adapté à l'emplacement à combler et il lui faut parfois le reprendre une dizaine de fois afin d'obtenir la position recherchée.
Tant que la première couche d'argile à la base de la digue ne sera pas partout compactée, le pompage de la nappe sera nécessaire; la nappe doit être suffisamment rabattue pour la bonne réalisation du chantier.