Promenade botanique guidée par Cédric Perraudeau
La sortie avec un botaniste chevronné avait pour but d’éveiller la curiosité sur le monde des plantes, particulièrement à partir de celles qui poussent dans un environnement urbain.
Promenade botanique du 10 juin 2026 avec Cédric Perraudeau
Cédric Perraudeau est botaniste et formateur, cofondateur de « vieilles racines et jeunes pousses » dont la vocation est de « connaître, transmettre et préserver les savoirs autour du monde végétal ».
Sollicité par l’APELT pour une animation autour de la flore spontanée en milieu urbain, il a proposé une introduction à l’écologie (l’ étude de l’habitat du vivant), à la botanique et à la biodiversité.
L’ambition était grande tant les sujets sont vastes et complexes, mais susciter de la curiosité et de l’intérêt à partir de quelques illustrations sur le terrain était possible.
LA SORTIE : le rendez-vous était fixé à l’extrémité de l’avenue des Nolleaux, tard en saison, après une première période très chaude et sèche. En outre, la végétation des trottoirs avait été largement détruite par le « nettoyage » réalisé par les agents municipaux.
C’est pourquoi Cédric Perraudeau a choisi d’emmener le groupe de 15 personnes sur le haut de la plage de l’Eden Roc afin de développer son propos à partir de la flore dunaire.
La plage et la dune sont des milieux, des habitats soumis à des contraintes dont la nature et la force varient de l’estran au haut de la dune : cet étagement des conditions de vie pour la flore et la faune expliquent la variabilité des espèces rencontrées, en fonction de leur situation.
C’est la première leçon de l’écologie : l’évolution a sélectionné des espèces capables de s’adapter à des milieux aux caractéristiques particulières, voire extrêmes.
Les contraintes des milieux dunaires sont nombreuses : salinité décroissante vers la dune, mitraillage par le sable, mobilité du sable sous l’effet du vent, sécheresse, température élevée…
SUR LA DUNE , espace mouvant, Cédric Perraudeau nous a montré des espèces pionnières.
Dans la famille des Poaceae anciennement appelées Graminées.
-Le chiendent pied de poule (Cynodon dactylon / genre, espèce) doit son nom à son inflorescence en forme de patte (pied) de poule. C’ est une plante vivace (pérenne) avec des racines puissantes.
Pour des questions d’universalité (nomenclature internationale) de la classification botanique, les anciens noms des familles de plantes ont été modifiés au cours de l’histoire: la famille est maintenant désignée à partir du genre « modèle ». Les Poaceae font ainsi référence au Poa, le pâturin.
Attention, le chiendent pied de poule vivace, ne doit pas être confondu avec la digitaire sanguine (Digitaria sanguinalis, Poaceae), annuelle, à l’inflorescence ressemblante.
Autres Poaceae rencontrées dans le cortège de plantes des dunes :
-le brôme à 2 étamines ( Bromus diandrus)
-le chiendent à feuille de jonc, ou chiendent des dunes ( Agropyron junceum ) ; synonymes : Elytrigia juncea, Elymus farctus ;
-l’oyat (ou gourbet), (Ammophila arenaria) ; vivace ; utilisé pour la fixation des dunes ;
AUTRES FAMILLES :
Les Astéraceae (anciennement Composées) :
- le séneçon argenté ou cinéraire maritime : (Jacobaea autrefois : Senecio maritima )
Le botaniste dissèque l’inflorescence afin de montrer que le capitule rassemble de nombreuses fleurs de 2 types : au centre des fleurs en tube (pétales soudés en tube) et sur le pourtour des fleurs ligulées (corolle dont les pétales sont soudés en une langue). Cette morphologie de l’inflorescence avait suggéré l’ancien nom de la famille : les composées.
L’évolution a conduit à cette condensation des fleurs.
- un pissenlit parmi les 300 espèces présentes en France (genre Taraxacum),
- la porcelle enracinée( Hypochaeris radicata). Lieu de prédilection : les sables (milieu primaire), mais aussi les bords de trottoirs, les champs au sol compacté (milieu secondaire)
- la centaurée rude : (Centaurea aspera )dont le capitule ne présente que des fleurs tubulées, celles du pourtour s’ouvrant plus largement.
- l’ armoise de Lloyd, ou des champs : (artemisia campestris) ; est une espèce fixatrice des dunes.
Les Brassicaceae ( Brassica, chou), anciennement Crucifères (4 pétales en croix).
-la roquette de mer ou cakilier maritime : (Cakile maritima),
-la giroflée des dunes ou matthiole à feuilles sinuées: (Matthiola sinuata,)
Les Euphorbiaceae:
-l’euphorbe maritime, ou des dunes, des sables : (Euphorbia paralias) ; vivace
Les Apiaceae ( Apium : céleri). anciennement Ombellifères (inflorescence en ombelle):
-Le panicaut des sables ( chardon bleu) :( Eryngium maritimum)
Les Convolvulaceae:
-Le liseron des dunes ou des sables ( Calystegia soldanella); vivace, rhizomateux.
Les Fabaceae ( Faba= fève), anciennement Légumineuses (nombreux légumes)
-La luzerne maritime :( medicago marina). Espèce protégée nationalement.
Les Amaranthaceae anciennement Chénopodiacées:
-La soude brûlée ou soude épineuse( Salsola kali ) plante annuelle.
Les campanulaceae:
-Le jasione des montagnes (Jasione montana). Inflorescence ressemblant à un capitule.
EN REMONTANT DANS LE PARC ET SUR LES TROTTOIRS :
Nous avons pu observer de nouvelles de familles :
Plantaginaceae.
-Plantain corne de cerf (feuilles divisées);
-Plantain lancéolé ;
Geraniaceae.
-Erodium à feuille de ciguë (bec de grue)
Verbeneceae :
-Verveine officinale ;
Malvaceae :
-Mauve, nombreuses espèces, toutes consommables.
Asteraceae :
-Achillée millefeuille
Apiaceae :
- Falcaire commune)( Falcaria vulgaris)
-Carotte sauvage :( Daucus carota )
-Ciguë
La systématique ou classement des plantes est une discipline complexe en évolution permanente : les botanistes ont d’abord utilisé la morphologie des plantes, puis les caractéristiques chimiques, ils utilisent maintenant les gènes (ADN) pour mettre en évidence les parentés entre espèces et leur place dans l’évolution.
LE PROBLEME DES ESPECES INTRODUITES
Dans les jardins ou dans les dunes il est fréquent d’admirer les fleurs jaunes d’une grande plante : l’onagre (Oenothera biennis), famille des Onagraceae, plante venant d’Amérique du nord. Même si toutes les plantes introduites ne deviennent pas problématiques certaines peuvent menacer l’écosystème où elles s’implantent, en se multipliant abondamment et devenir ainsi invasives. Certaines espèces présentant un danger pour la santé ou les milieux naturels sont alors interdites à la vente tandis que d’autres intéressantes à différents titres peuvent être installées tout en nécessitant une attention particulière.
LA PRESERVATION DES HABITATS ET DES ESPECES :
Cédric Perraudeau souligne l’ambiguïté des démarches de sauvegarde d’espèces menacées en prenant l’exemple du busard cendré dans les polders du marais poitevin : les oiseaux nichant maintenant dans les champs de céréales, leurs nids doivent être repérés par des observations et mis en défens avant la moisson afin que les jeunes grandissent jusqu’à leur envol. L’opération mobilise beaucoup de temps de bénévoles et n’est pas toujours couronné de succès. C’est l’artificialisation de son milieu de vie, pouvant difficilement être remise en cause, qui est responsable du déclin de l’espèce (protégée).
D’autres démarches de protection sont plus intéressantes :
ORE (Obligation Réelle Environnementale) : « est un outil juridique, créé en France par la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages du 08/08/2016 permettant aux propriétaires fonciers de faire naître sur leur terrain des obligations durables de protection de l’environnement » (Wikipedia).
Paysans de nature : association d’agriculteurs soucieux de protection de la biodiversité (initialement portée par la LPO Vendée). « L’avenir » pour C. Perraudeau.